J'vous en veut. A tous. Ceux là pour n'avoir jamais rien su, d'autres pour avoir su sans jamais parler. Alors maintenant, c'est facile de vouloir rattraper, inconsciement ou par pitité, mais j'en veux pas d'vos paroles. Je veux pas de souvenirs, sentiments ou compassion. Le temps est passé, les choses ont changées. Desolée de vous voir découvrir une adolescente chargée d'incompréhension & de haine à la place de la petite fille chérie pendant tant d'années. Vous n'avez qu'à vous en prendre à vous-memes. Si vous vouliez une vie parfaite, sans entraves ni épreuves, fallait pas avoir d'enfants. Tout aurait été tellement plus simple si j'avais pas existé. Tellement mieux surtout. Vous auriez pas eu une fille égoïste, dépensière & exigente à supporter au quotidien. "Bah oui, le quotidien, c'est déjà bien, on va pas en plus se la taper pendant les vacances. " Ah... les vacances. J'vois plus ce mot comme avant toute façon. Avant je voyais ski, amis, plages & soirées. Maintenant j'entends deuils, solitude, église et incinérations. Et puis c'est mieux de pas en parler. Ca aussi ça fait mal. Parmis tellement d'autres choses encore qu'il faudrait pas toucher à ma vie de peur de bousculer le moindre détail qui provoquerait sa chute. Ca donnerait quoi, tiens, cette destruction ? J'vois bien un carnage. Une chambre salle, un lit défait, des fringues étalés sur une couche de poussière recouvrant le parquet. Un bureau cassé, des étagères vides de livres tombés au sol. Et une fenetre ouverte. Jvois bien une fille, assise sur le bord, à mi chemin entre la vie et la mort, les jambes dans le vide, les cheveux trempés par la pluie au dehors. Une clope à la main, un verre d'alcool dans l'autre. A côté d'elle, posé sur le rebord en ciment froid, une plaquette a pillules, pleine de gélules roses. Ou un gros flingue pour ne pas sentir. Ou rien. Juste ses jambes et son courage pour sauter. Et puis la chance aussi. Esperant qu'en bas, elle ne se relèverait pas. Et puis plus tard, quand en voulant ranger la voiture dans le garage, les parents seront bloqués par un attroupement et un camion de pompiers, devant leur immeuble. Ils leveront la tête vers le ciel pour tenter de comprendre et, cette fois, ca montera assez vite au cerveau. La femme, s'en voudra terriblement, plus que son pityoable mari qui fuyera la douleur du deuil dans une fièvre de travail insupportable, multipliant ainsi peut etre les visites à sa maitresse, pour oublier. L'indescriptible sensation de voir son enfant dans un autre monde, celui dont on ne sait jamais si 'lon revient ou non, provoquera sur elle une agonie lente et profonde mélée à un sentiment de culpabilité inimaginable. Elle chuchotera à son trésor des excuses et des "Je t'aime", mélant ses cris de déséspoirs à des larmes d'incompréhension. De l'autre côté, sa fille lui répondait, chaque fois plus fort, pour qu'elle entende, "Pardonne moi, c'est pas toi que je voulais briser. C'est l'autre, celui qui n'est pas la, à tes côtés. Je t'aime, tu es la seule qui a compter pour moi." Peut-être aura-t-elle l'impression d'une légère secousse dans la main. Son pouls descendait faiblement, elle voulut crier, entendant la sonnerie stridente de l'appel à la réalité, qu'émettait la machine installée au bord du lit. Se jettant sur sa poitrine lorqsu'elle vit les infirmiers entrer, on la dégagea brusquement. Elle suivit le charriot jusque dans le couloir où sa deuxième fille la pris dans les bras. Voyant le lit s'éloigner, elle hurla. Elle hurla pour qu'elle revienne.